Le microbiome humain

Le microbiome humain 1646 966 BioForeXtra

Commençons par définir le microbiome : c’est l’ensemble des microorganismes que l’on trouve au sein d’un organisme vivant (à l’intérieur comme à l’extérieur). Il s’agit d’une symbiose entre le corps humain et les micro-organismes. Les micro-organismes enrichissent et influencent l’existence de leur hôte. Ils y jouent des rôles importants notamment dans la digestion mais également dans la protection via une barrière protectrice de la peau contre les pathogènes. Cette barrière s’établit grâce à la couche superficielle de la peau appelée Stratum corneum (couche cornée). Cette couche est composée de cornéocytes (cellules mortes) et d’un film hydrolipidique. [1]

Fig 1 : Représentation des différentes couches de l’épiderme

Ces deux éléments participent donc à la protection de la peau. Cela s’explique par un pH faible (pH compris entre 4 et 5.5 [4]), et une faible quantité d’eau (rôle imperméable) [1]. La plupart des bactéries (les neutrophiles) ont besoin d’un pH compris entre de 5,5 et 8 [2] et de nombreuses bactéries ont une activité de l’eau (aw) d’au moins 0,91. Elles ne peuvent donc pas s’implanter facilement.

Activité de l'eauOrganismes
aw=0,91 ... 0,95nombreuses bactéries
aw=0,88nombreuses levures
aw=0,80nombreuses moisissures
aw=0,75bactéries halophiles
aw=0,70levures osmiophiles
aw=0,65moisissures xérophiles

Fig 2 : Tableau récapitulatif des différentes activités de l’eau en fonction de divers micro-organismes [3]

Les cornéocytes sont riches en en kératine, une protéine dure et insoluble qui renforce ce rôle de barrière pour la peau. De plus le film hydrolipidique sert de « ciment » entre les cornéocytes ce qui permet cette imperméabilité au corps étranger [4]. Ce film possède aussi des propriétés antibactériennes grâce à sa composition. En effet, il se forme à partir de sueur, de sébum, de lipides ainsi que des peptides antimicrobiens secrétés par les glandes sudoripares. Cependant, le Stratum corneum n’est pas un milieu stérile, au contraire, on retrouve de nombreuses bactéries dans les espaces intercornéocytaires.

On estime à plus de 1 000 le nombre d’espèces bactériennes retrouvées sur notre peau et ces dernières sont principalement localisées dans les couches supérieures de l’épiderme et les follicules pileux. Ces bactéries épidermiques sont sans cesse renouvelées et éliminées par desquamation : phénomène naturel qui engendre le décollement du Stratum corneum sous forme de peau (squame) qui se détachent [5].

A l’inverse des bactéries pathogènes, il existe les bactéries commensales qui interagissent de manière naturelle et sans danger avec l’hôte. Elles nous sont donc bénéfiques et il est nécessaire de les protéger. Chaque individu est différent et possède donc un microbiome qui lui est propre et donc possède sa propre « faune bactérienne ».

« Une flore équilibrée, c’est une peau moins agressée, qui se régénère mieux, qui vieillit moins »

L’objectif principal de l’étude du microbiome est le suivant : isoler une ou plusieurs « bonnes bactéries » suffisamment fortes pour combattre les « mauvaises bactéries » sans affecter l’équilibre naturel de la peau. En effet si l’on bouleverse cet équilibre cela peut entrainer d’autres effets indésirables, comme la formation de pellicules suite à la sensibilisation du cuir chevelu.

Cette pratique de plus en plus à la mode consiste à valoriser les bactéries, on parle de « probiotiques » qui signifie favorable à la vie. Il s’agit de l’inverse des antibiotiques, plutôt que de retirer les bactéries, on les rajoute pour en tirer un effet bénéfique.

Après de nombreuses recherches, 3 familles bactériennes sont dominantes et présentent un aspect particulièrement intéressant à savoir : Propionibacterium, Staphylococcus (à coagulase négative) et Corynebacterium. Ces bactéries ont un rôle de « nettoyeuses », elles se nourrissent de débris de cornéocytes ou de cellules du sébum et empêchent l’implantation des bactéries pathogènes [4]. Plus familièrement, on les appelle les « micro-organismes décomposeurs ».

Cependant, comme pour toutes les bactéries, il existe parmi ces familles des espèces plus ou moins intéressantes. Il a donc fallu étudier de plus près ces bactéries afin de connaître leurs bonnes et mauvaises caractéristiques.

1. Propionibacterium

  • Propionibacterium acnes

Cette bactérie est responsable de l’acné. Elle génère des enzymes qui dégradent la peau et des protéines à pouvoir immunogène, c’est-à-dire qu’elle provoque une réaction immunitaire [6]. C’est donc ces bactéries qui provoquent l’inflammation. Il faut donc réduire l’activité de cette espèce et donc inhiber cette bactérie [7].

2. Staphylococcus

Les staphylocoques sont les bactéries colonisatrices cutanées les plus abondantes. Les bonnes bactéries utiles pour la peau sont les non-aureus, c’est-à-dire des staphylocoques à coagulase négative.

  • Staphylococcus epidermidis

Cette espèce représente 44 % des staphylocoques présents sur la peau. Ce micro-organisme inhibe l’adhésion des pathogènes, en particulier S. aureus, et permet la création de biofilms [9]. De plus, S. epidermidis produit des peptides anti-microbiens et amplifie la réponse immunitaire des kératinocytes (90% des cellules de la couche superficielle de la peau se différencient par la suite en cornéocytes) face aux pathogènes. Comme toutes bactéries, S. epidermidis peut présenter un pouvoir pathogène qui provoque des maladies ou des infections cutanées mais seulement dans le cas de personnes immunodéprimées.

  • Staphylococcus hominis

Cette espèce représente 22 % des staphylocoques retrouvés sur la peau. S. hominis produit du thioalcool responsable des odeurs corporelles. Le thioalcool est un alcool dans lequel un atome d’oxygène a été remplacé par un atome de soufre d’où une forte odeur. Cette bactérie doit donc être inhibée, mais pas dans sa totalité car elle fait partie intégrante de la flore cutanée et donc du bon fonctionnement dans le rôle de barrière pour la peau.

3. Corynebacterium

  • Corynebacterium minutissimum

Responsable d’infection cutanée bénigne, particulièrement dans les zones de plis (aisselles…) entrainant des taches rouges, il est donc nécessaire de l’inhiber.

  • Corynebacterium tenuis

Elle peut entrainer une infection chronique du système pileux appelée trichomycose axillaire ou pubienne, il faut donc l’inhiber.

D’autres micro-organismes peuvent se retrouver dans la composition de la flore naturelle de la peau. C’est le cas par exemple de Demodex folliculorum plus connu sous le nom d’acarien. Présents à l’intérieur des maisons, ces micro-organismes sont présents sur la peau de nombreux individus. Ces acariens peuvent causer des troubles au niveau des follicules pileux. Cela peut engendrer un déficit immunitaire passager ou chronique ou bien une hyper sécrétion de sébum.

Fig 3: Comparaison d’un follicule pileux sain et infecté

De plus, selon une étude réalisée à l’Université National d’Irlande, ces acariens pourraient provoquer la couperose, maladie provoquant des rougeurs au niveau des joues pouvant devenir permanente avec le temps. En effet, ces micro-organismes se nourrissent du sébum, et d’autant plus lorsque le sujet est stressé car celui-ci libère des substances nutritives pour ces derniers. [10]

SOURCES

ten + ten =